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La langue est faite de mots tantôt durs, tantôt ronds à l’oreille, tantôt troubles, tantôt limpides à l’esprit. Mais tous, peu ou prou, sont d’abord traversés de sens pour qui parlent leur langue. Le mot, quand il s’écrit, est chez nous fait de lettres, unités autonomes et discrètes qui, assemblées, s’effacent elles aussi derrière le sens.
A les bien observer, cependant - je veux dire bien et longtemps - les lettres peu à peu s’affirment, imposant avec autorité leur graphie, purs contrastes de vides et de pleins. Et le sens, qui tel un fil les assemblait, peu à peu se délite et se brise. On comprend alors que si sens il y avait dans cet assemblage, il était de hasard et non de raison : pure convention, fruit d’une alliance arbitraire de traits et de sons. Mais qui dit « arbitraire », dit « arbitré.» Où? Quand? Et par qui? La question, sans doute, restera à jamais sans réponse : par personne, par tout le monde dans le lointain du temps. Alors pourquoi pas par moi, aujourd’hui?…
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