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Nathalie Pirotte
Sage - pas sage ? Nathalie Pirotte Femmes - animaux, lapins, renardes ou biches, sirènes … Mis à part cette particularité, le sujet se présente de manière plutôt hiératique. Emblèmes peintes, leur froideur polie attire. Ce thème régulièrement repris au travers des âges et de cultures offre à voir et connote à diverses mythologies, des légendes et des artistes de toutes périodes et de toutes origines. Les images sont puisées dans les revues de la presse féminine. Je me sers de ces photos éphémères de femmes, prêtes à être jetées après usage, et je les préserve, les conserve, en les peignant sur la grande toile lin, avec de la peinture à l’huile, pour que le regard sur sujet se pose différemment. Nathalie Pirotte 2010 Au départ (depuis 1997) Il y avait des coffrages de cires (« montré- caché »), images floues et sensuelles de silhouettes indéfinies (voir « vue cires »). Lors d’expositions, certaines peintures à l’huile (abstraites) s’intercalent entre ces cires (ponctuation, confrontation ?). Elles traitent du même sujet, mais différemment, tel un recto verso. Suite à mon exposition personnelle (Espace Blanche, Bruxelles, 2001), ces abstractions m’ont semblés inadéquates ; la suite devrait être figurative. Personnes et objets de mon entourage, proches, traduite avec mon « regard de femme et de mère, de mère de fillettes et de futures femmes… ». Sujets intimistes, correspondant à ma façon (timide ?) de poser les yeux sur les autres et sur les choses : un mélange de fantasmes, de rêverie, de retranchement (fragments, flous) et de moments d’acuité visuelle. Regards /attente, chaleur, tension, bourdonnement, froissement, regards flous, de biais, ambigus, sélectif et fragmentaire. Extraits de vie au quotidien. Détails. Jeux et plaisir. Douceur sensuelle et séduction agressive ? Ambiguïté et mystère. Charnel. Secrets, aussi. Sous-entendus. Chuchotements. Quand on cache, quand on se cache, on ne regarde pas en face, ou alors, droit dans les yeux, parfois avec un voile. Ceci engendre une vision particulière des autres. Fragments, flous, regards directs. Les couleurs sont altérées, plus contrastées dans leurs rapports terne/saturé. Cela crée un climat particulier, cotonneux ou sourd et tendu. Plus souvent, ma peinture devient floue. Quant aux cires, elles ont évolué vers des images de plus ludiques sous la même matière sensuelle : Il s’agit de garder le côté diaphane, ainsi que la couleur charnelle (rosâtre), le côté doux et tactile, fragile et spécifique du matériau, mais, dessous, le jeu des silhouettes dans la silhouette me permet de quitter un signe trop archétypal exploité auparavant tout en donnant davantage de sens possibles au tout. Travaux en cire Je feuillette la presse, féminine, les pubs et catalogues. Je recherche une silhouette de femme, ou de fillette. Des « poses » du corps féminin. Il me faut trouver un document au dos duquel il y a une autre femme. Jeu de silhouette(s) dans la silhouette. Une fois le contour découpé, cette deuxième silhouette semble s’être déplacée au sein de la première. Elle semble l’habiter. Les interprétations sont nombreuses : joue-t-elle ? Se cache-t-elle ? Est-ce la même sous un aspect différent ou une autre ? Une représentation d’une partie de sa personnalité ? Un rêve, etc. Je colle cette silhouette à l’envers sur un support en bois, latté. Une fois le collage sec, Je coule un mélange de cires par-dessus. L’aspect de la cire rappelle une peau, de par sa couleur (jaunâtre/rosée), et de par sa matière (non lisse et translucide). Les couleurs des documents imprimés se noient en une gamme douce, fanée, de bleus, orangés, roses, verts. La cire, par son côté diaphane et sa présence tactile, crée un recul et donne une atmosphère. Elle unifie aussi : la cire, grasse, mêle les images, le recto et le verso, en rendant le papier translucide. L’arrière-plan est espace neutre ; il n’existe que par sa forme et sa couleur. Le lieu est « en » la silhouette. Parfois deux silhouettes interviennent, deux femmes en relation (elles se rejoignent alors en une silhouette double) ou en confrontation (une austère/une qui joue). Nathalie Pirotte: Revers de Vénus
Depuis 1997, Nathalie Pirotte travaille les coffrages de cires qu’elle coule sur un support bidimensionnel. Si l’artiste esquissait déjà, sous la paraffine, les formes simplifiées de corps silencieux, à présent, les contours surgissent petit à petit de la matière pour en dégager le sujet. Pour conférer un autre statut à ses images, elle puise son inspiration dans la presse féminine. Ces figures, Nathalie Pirotte les emprunte à notre société. Femmes désincarnées, beautés lascives extraites des magazines, leurs effigies sont soumises aux gestes rituels de la plasticienne qui les masque de cire chaude. L’artiste nous propose des figures plus ou moins lisibles atténuées par la présence en couches épaisses de paraffine. Sous cette peau diaphane, c’est par un jeu de collages qu’elle construit ses modèles. Les silhouettes sont découpées, retournées puis collées. Une fois traversée par les variations lumineuses, la substance translucide révèle les galbes sous-jacents. Les courbes féminines évoquent ainsi des revers de Vénus démembrées et inquiétantes soumises au regard du spectateur. Dés lors, notre vision de ces déesses modernes se réduit à un amas de peau étouffé par leur propre condition charnelle. Asphyxiées, les images habituellement criardes des publicités se dissolvent pour ne laisser que des formes et teintes dématérialisées. A travers l’enduit cireux, les courbes expressives déploient un sentiment nuancé de douceur sensuelle et de séduction provocatrice. Entre visible et imperceptible, les silhouettes paraissent dénuées de l’essence constitutive de l’être humain. Le travail de Nathalie Pirotte traite de l’incorporalité de l’âme en tant que substance spirituelle. Par sa translucidité et sa symbolique, la matière provoque une réflexion sur les différentes lectures de l’esprit. Adèle Santocono |
Artiste de la Communauté Française de Belgique |
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