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Peintre / Techniques Mixtes |
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VALERO-KIM
Espace et esprit dans les œuvres de Valero-Kim. Le spectateur, qu'il soit amateur d'art ou simple visiteur curieux, éprouve devant chacune des créations présentes dans une exposition de Valero-Kim une harmonie singulière et réconfortante. D'où provient ce sentiment ? Certes la nature des matériaux, l'organisation des formes, les subtiles variétés des teintes agissent de manière favorable, on ressent physiquement une présence supplémentaire. Cette sensation est d'autant plus importante qu' elle s'avère plus difficile à s'exprimer avec des mots. Essayons pourtant ! Entre le visuel et le tactile. Si l'œil du visiteur est immédiatement séduit par les couleurs, les matières, la simplicité des formes toujours déduites d'un carré de tissu de cinq centimètres de côté, son esprit ne saisit pas tout. Le regardeur doit s'y prendre à plusieurs fois, examiner de droite et de gauche, se rapprocher et essayer de comprendre la genèse de l'œuvre, pour tenter d'en savoir plus. Les plus curieux se baisseront pour tenter de voir par-dessous et essayer de savoir si les “boursouflures” ne recèlent pas quelques étrangetés cachées dans les fils. Qu'est-ce qui se cache donc là derrière ? Pour chaque création, quelle que soit la taille ou le type d'agencement décidé, Valero-Kim montre une égale maîtrise technique et un savoir faire toujours parfait. En toutes circonstances, avec des fils de nylon parfois incolores mais le plus souvent teintés dans la masse et fixés par des nœuds sur un patchwork, l'auteur produit une étonnante variété d'effets plastiques. Pour donner une présence singulière à ce matériau original, il lui a fallu mettre en place une série de procédures créatives qui respectent les caractéristiques propres au fil de nylon et aussi qui, chaque fois, produisent un nouvel écart, un supplément inattendu. Valero-Kim produit des événements simples qui renvoient à des réalités à moitié vraies, à moitié fictionnelles. Ces longs fils qui sortent en nombre du plan et tombent en nappe évoqueraient une crinière animale ou des cheveux humains à moins que ce ne soit une prolifération végétale, si ce n'était leur matière et leur couleur par trop artificielles. Telle autre pièce suggère visuellement un textile chaleureux avec de longs poils angoras, pourtant si on se résout à toucher le contact est tout autre. La plupart du temps l'œuvre a sur le visiteur un double effet : elle intrigue et impose le respect. La création accrochée au mur de la salle d'exposition enclenche le désir. Le spectateur s'approche et se faisant il appréhende autant la surface que les différentes profondeurs de celle-ci, comme s'il y promenait la main. Un des mérites de l'artiste est d'élargir et d'enrichir notre monde des sensations en établissant toutes sortes de correspondances entre le visuel et le tactile. Montré et caché. La recherche de Valero-Kim va au-delà des effets d'image comme de surface. Pour chacune des créations, il s'agit de sortir du plan et donc de donner plus d'épaisseur aux choses. Le procédé de création nécessite une sensibilité particulière au matériau (le fil de nylon), une maîtrise dans la mise en œuvre (l'assemblage et le nouage) et une visée esthétique qui s'appuie sur des expériences culturelles multiples. La double connaissance par l'auteur des cultures coréennes et occidentales y est pour quelque chose. Les écarts, les variations, les petites imperfections font partie de la création, toutes ces incertitudes lui donnent de l'air. L'ordre appelle le désordre et l'artifice retrouve le vivant. Valero-Kim a inventé sa "figure de style" particulière en faisant sortir les fils en avant du plan du tableau préalablement élaboré. Les carrés tissés de chanvre ou de ramie, de couleur naturelle ou teints, constituent une fois assemblés des sortes de peaux. Dans certaines créations récentes, cet effet peau est accentué lorsque le subjectile laisse apercevoir, en transparence, la présence sous celui-ci d'un autre textile coloré rayé parfaitement repérable sur l'épaisseur du châssis. Dans tous les cas les patchworks se dissimulent plus ou moins sous les expansions des fils-poils dont les colorations s'accordent ou s'opposent aux teintes du subjectile. Pourquoi avoir ainsi installé du “deux”? Nous aurons l'occasion d'y revenir, disons pour l'instant que l'important est de donner à voir un entre-deux, un lieu où l'œil du spectateur, après la main de l'artiste, cherchera à se glisser. Le montré trouve un contrepoint dans le caché. Nous sommes plus à proprement parler devant une pratique picturale et pourtant on retrouve la possible présence d'un mystère enfoui. Comme dans la nouvelle d'Honoré de Balzac, Le chef-d'œuvre inconnu, on se demande s'il n'y a pas une femme cachée là, dessous cette abondante tombée de fils rouges, verts ou beiges. Donner à voir et à penser. La réalisation de chaque pièce conjugue un travail artisanal et une réflexion érudite. Le philosophe et psychanalyste Jacques Lacan a parfaitement démontré combien l'artisanale théorie des nœuds trouvait des résonances tant dans la pratique de certains artistes que dans la compréhension de l'inconscient par la psychanalyse. On peut formuler une première réverbération théorique dans l'entrelacement des fils et des lignes des discours. L'expression “les fils de la parole” trouve tout son sens lorsqu'on écoute ici le bruissement de fils de couleur, de longueur, de texture variées comme autant de langues différentes ici habillement accordées. On se souvient également que la forme première de l'écriture fut sans doute le nœud que les premiers hommes firent sur une liane. L'expression de Valero-Kim est plus complexe puisqu'elle joue sur les tensions et les torsions de brins si nombreux qu'il devient impossible de les compter. Les procédures techniques d'assemblage, l'accroche sur les quatre côtés du châssis, la mise en place d'une double trame horizontale et verticale, le nouage des brins dans tous les coins ainsi constitués favorise l'émergence de motifs ornementaux plus ou moins baroques. Dans certaines pièces, les ajouts de fils sur les patchworks blancs, bleus ou écrus se montrent discrets. Dans d'autres œuvres, souvent intitulées les Boursouflures, le trop de fils ce n'est pas assez. Valero-Kim en ajoute encore et encore ; sa juste sensibilité lui évite pourtant de tomber dans l'excès. Comme pour nombre d'artistes travaillant sur des œuvres en deux dimensions, il s'agit initialement d'établir le plan pour mieux d'en échapper ensuite. La perspective linéaire formalisée à la Renaissance proposait des règles permettant de figurer une traversée du plan du tableau. Depuis les papiers collés, les peintres de la modernité savent qu'une autre sortie est possible, non plus en arrière mais en avant du plan. Valero-Kim poursuit cette “tradition de la modernité”. Il s'agit de venir à la rencontre de l'œil du regardeur plutôt que de lui proposer des fuyantes fictives. Les lignes ne filent pas vers l'arrière, ici plus de points de fuites. Les horizons sont devenus multiples et les verticales se sont dédoublées. L'œuvre n'est plus ouverture ou une fenêtre sur un autre monde. Elle ne devient pas pour autant un mur rigide. Elle tend à acquérir une présence singulière et autonome. Chaque œuvre possède une personnalité propre et des liens de parenté avec ses voisines. Cette présence attirante fonctionne à la fois comme capteur de lumières et comme piège à regards. Nombreuses sont les œuvres de Valero-Kim dans lesquelles les expansions des fils en appui sur la grille du fond sont réparties également sans lieux privilégiés. Dans la série de patchworks, et parfois aussi dans certaines pièces intitulées Boursouflures, on retrouve ainsi une autre marque fondatrice de la modernité en peinture, le all-over : toutes les parties des tableaux assument une égale importance. Seule la pesanteur des fils les plus longs induit pour certaines pièces le constat que sur terre, la plupart du temps, la gravité prend le pas sur les autres directions. La couleur fait corps avec les matériaux de l'œuvre. La couleur n'apparaît pas comme un fard ajouté mais comme une propriété propres aux éléments employés. On est plus du côté de la teinture que de la peinture. Le dessin, le partenaire traditionnel de la couleur, s'est, lui aussi, métamorphosé. Le dessin s'est fait fil, les fils sont comme autant de traits. Certaines fois, loin de s'opposer à la couleur, la réunion des traits génère elle-même tout une séries de teintes et de nuances. Les fils assument leurs rôles de guides pour les yeux. Ceux-ci ne peuvent que suivre le mouvement descendant implicite, pour les créations aux longues “crinières”. Les fils baladent, perturbent, dispersent les regards devant les tableaux proposant des ordonnances multidirectionnelles comme ces étonnants petits tableaux frisés multicolores. Lorsque l'errance est de mise, le regard doit, durant un moment, accepter de perdre son pouvoir dominant. Le “deux”. Les tableaux de Valero-Kim vont par séries et par paires parfois, avec soit la même ordonnance, la même composition ou les mêmes couleurs, soit par opposition de l'un des termes. Une des marques constantes de la pratique plastique de cette artiste se trouve dans le développement d'un système binaire. Comme pour le Ying et le Yang ces multiples dualités valent également comme complémentarités. J'ai déjà évoqué le visuel et le tactile ou le montré et le caché, mais sont également présentes les alternatives : dessus/dessous, coloré/décoloré, structuré/déstructuré, végétal/animal, haut/bas, horizontal/ vertical, léger/pesant. On peut aussi penser à d'autres oppositions à fort échos culturels comme le vivant et l'artificiel, l'artisanat et l'artistique, le féminin et le masculin, et, bien entendu, également l'orient et l'occident. Il faut insister là-dessus, si on considère l'ensemble de ces créations. Les procédures techniques, même les plus simples, sont débordées par des significations symboliques et des valeurs esthétiques. L'œuvre élaborée par une succession de nœuds devient elle-même un nœud de relations. Ainsi comment ne pas évoquer face aux créations de Valero-Kim, les bojagi. Ces patchworks de l'art traditionnel coréen consistent à coudre ensemble des morceaux de tissus formant un motif au caractère symbolique ; ils servent entre autres à emballer les cadeaux. A la variété des patchworks coréens aux fonctions usuelles différentes est substituée, dans le travail de cette artiste, une diversité des effets esthétiques. Cependant comme pour le bojagi, l'enveloppe acquiert plus d'importance que l'objet dissimulé (ici un simple châssis). Il s'agit de couvrir une première fois celui-ci sous un assemblage de carrés et de cacher encore l'ensemble sous les expansions des fils pour mieux forcer l'amateur à aller de découverte en découverte. L'emballement certes dissimule, mais aussi il favorise une continuité du désir et maintient secret un jardin intérieur intime et familier. Réalisées à base de carrés, les productions de Valero-Kim adoptent aussi majoritairement cette figure dans leurs réalisations finales. Le damier, éminemment statique, appelle la dynamique présence des fils qui ressortent en nombre. L'insistance sur cette figure géométrique revêt également, on devrait s'en douter, une valeur symbolique. Le carré, cette figure aux quatre orients, permet la rencontre des mesures de l'espace et du temps. Les créations de Valero-Kim forcent l'admiration en raison de leur concentration sur un petit espace d'une expérience temporelle que l'on imagine longue et répétitive. L'artiste, en son œuvre, réussit à capturer les fils de la vie quotidienne et ceux du temps. Des actions aussi simples que fixer, coudre, nouer lorsqu'elles sont faites par une artiste sont bien plus que de simples assemblages topologiques. La véritable performance de Valero-Kim est de réussir à réunir, pour chacune des pièces comme dans l'ensemble de son œuvre, le topos et le logos, l'espace et l'esprit. Avril 2007
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2000 - 2007
Artistes de La Communautée Française |
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